Archives expositions personnelles France

Archives expositions personnelles (P-Q)



Extraits du texte de Colette Garraud 2ème partie
Le jeu de Dédale, ou le labyrinthe comme partition


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"Le passage des angles lorsque l’on fait glisser les panneaux mobiles nécessite une réflexion particulière : celui-ci se faisait ordinairement par une courbe alors que l’artiste souhaite conserver le plus possible un virage à 90 degrés. L’art du soudeur, sa capacité à prévoir et maîtriser les déformations du métal surchauffé, est également très sollicité par une réalisation particulièrement délicate. Un vaste local est dédié au "montage à blanc", montage intégral de la pièce qui doit précéder le montage définitif in situ des éléments numérotés. On notera par ailleurs que la conception même de Dédale relève d’une curieuse alchimie, mêlant la rigueur mathématique et les aléas de l’expérimentation, le libre-arbitre de l’artiste et la contrainte acceptée, telle l’évocation de l’anniversaire de l’entreprise d’où les 90 panneaux métalliques qui composent les parois. Initialement, afin de se donner une règle de progression dans la construction, l’artiste s’était référé à la série de Fibonacci pour déterminer la croissance du nombre de panneaux par côtés, mais cette règle fut altérée au cours du travail, afin de rendre le couloir moins étroit et plus praticable.

Gilles Picouet, Dédale, Cour du Musée du temps Besançon © Gilles Picouet, courtoisie de l'artiste Gilles Picouet, Dédale, Cour du Musée du temps Besançon © Gilles Picouet, courtoisie de l'artiste

Gilles Picouet, Dédale, Cour du Musée du temps Besançon © Gilles Picouet, courtoisie de l'artiste

L’échelle de l’œuvre, la façon dont elle occupe dans son entièreté la Cour du Palais Granvelle, le fait qu’elle soit constituée de panneaux coulissants ordinairement destinés à des constructions pérennes, tout cela vient confirmer une tendance inscrite depuis plusieurs années dans l’œuvre de Gilles Picouet, dont le travail de sculpteur interroge de plus en plus celui de l’architecte.


Il utilisa d’ailleurs pour la première fois le métal dans la construction d’une passerelle adjacente à sa propre maison, objet qui relève à demi de l’expérimentation artistique, à demi de l’architecture domestique. [...]


Pour imposant qu’il soit par sa surface (et, on l’a vu, par son poids), et bien qu’il mobilise des techniques infiniment plus lourdes, le labyrinthe du Palais Granvelle n’en reste pas moins, comme la tour du parc de Blanès, un objet à échelle humaine. Lorsque Robert Morris, par exemple, réalise un labyrinthe dans le parc italien de la Fattoria di Celle à Santomato di Pistoia, ou dans l’île des sculptures de Pontevedra, en Espagne, il prend soin d’élever des parois de deux mètres de hauteur afin que le visiteur qui s’engage dans la structure soit dominé par les murailles et coupé de l’espace environnant. À l’impression d’enfermement, s’ajoute l’inconfort d’avoir à marcher sur un terrain pentu. Et si les labyrinthes de Robert Morris sont, comme celui de Gilles Picouet, et conformément à la tradition antique, monopériples, par contre, ils n’offrent à celui qui les parcourt aucun des échappatoires que permet l’ouverture des parois et l’instauration de nouveaux parcours. On dira que, même lorsqu’il se réfère à la dimension ludique du labyrinthe de jardin, Morris, comme la plupart des artistes contemporains exploitant le thème, comme c’était déjà le cas des surréalistes, en exalte volontiers la dimension dramatique, à tout le moins inquiétante. À l’inverse, la hauteur des parois du labyrinthe de Besançon, limitée à 1,5 m. permet au visiteur à la fois de voir et d’être vu.


On a déjà noté l’échelle humaine de l’architecture vulnérable de Montevideo . Dans le travail de Gilles Picouet, la question du corps est essentielle, qu’il s’agisse de l’image du corps, ou de la relation au corps du spectateur. [...] la hauteur des parois du labyrinthe est subordonnée à la taille du promeneur.

Gilles Picouet insiste en effet, on l’a vu, sur la volonté de ne pas dominer ni inquiéter l’usager du labyrinthe, de lui offrir au contraire la maîtrise de cet objet déconcertant, comme d’un immense jouet, qu’il compare encore à une partition. À ses yeux, les panneaux glissant sur les rails, les intervalles changeants qui les séparent, sont semblables à des notes sur une gigantesque portée. Avec ses rythmes visuels qui se font et se défont, Dédale semble battre la mesure, non loin du pendule de Foucault, au cœur du Musée du Temps."


Le labyrinthe de portes coulissantes de Gilles Picouet est visible en direct sur: http://dedale.gillespicouet.com. Un catalogue est édité à l'occasion de cette exposition.


Exposition du 25 septembre au 13 novembre 2010. Installation de Gilles Picouet dans la Cour du Palais Granvelle (Musée du Temps) - 25000 Besançon.


Gilles Picouet, Dédale.  Extraits du texte de Colette Garraud 2ème partie

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 Gilles Picouet, Dédale, installation
 Cour du Palais Granvelle, Besançon - 25.09 - 13.11.2010
 
Extraits du texte de Colette Garraud 1ère partie